J’ai débuté la photographie il y a huit ans, à un moment charnière de ma vie, marqué par la perte de mon père et le deuil de ma vie familiale qui s’ensuivit.
Plongée dans une solitude et un vide émotionnel profond, j’ai trouvé dans la photographie bien plus qu’une passion : un langage. Après l’avoir longtemps approchée par procuration, je me suis enfin autorisée à « prendre la parole ».

C’est aussi l’époque où j’entame une psychanalyse. Deux démarches qui, d’abord étrangères l’une à l’autre, se révèlent peu à peu indissociables. Les images entrent en résonance avec les mots déposés en séance. La photographie devient alors le prolongement d’un travail intérieur, un outil pour traverser et exprimer des états intimes.
Mes premiers sujets sont mes enfants — non pour en garder seulement des souvenirs, mais parce qu’ils m’offrent une fenêtre sur ma propre enfance. Le noir et blanc s’est imposé alors naturellement dans cette exploration introspective, comme un terrain où le contraste et la composition portent des émotions brutes.
Très vite, je me suis tournée vers l’argentique, séduite par sa dimension artisanale. J’y retrouve un rapport tactile et intime à l’image, une pratique lente qui m’invite à lâcher prise et à réapprivoiser le temps.
Dans la chambre noire, le monde extérieur disparaît. Le laboratoire devient un refuge — un espace où je peux me retrouver.
Depuis peu, j’explore le sténopé argentique, qui me permet de m’éloigner du réel pour approcher un territoire de rêves, de souvenirs et de désirs. Le réel et l’imaginaire s’y confondent, le tangible et l’évanescent cohabitent dans un même souffle.
Là, la prise de vue ne relève plus que de l’instinct.